Arnaud Duthil le « faux Martin Guerre » est né à Sajas, actuellement commune du canton de Rieumes (Haute-Garonne) mais au XVIe siècle paroisse de l’évêché de Lombez, communauté des Etats de Rivière-Verdun.


Ses parents, Arnaud Guillaume Duthil (décédé avant 1559) et son épouse, une Barrau, laboureurs possédaient leur borde, des champs et des vignes. Arnaud avait un frère, Jean qui lui survécu, s’occupa de sa fille, Bernarde, et donna une grande partie des Duthil du Savès. La famille ne comptait pas parmi les notables du lieu dont sont connus en 1551, les Dabeyrat, Dauban, Du solé (devenus Soulés) et les Saint-Andrieu.


L’écrivain savèsien, né à Samatan, François de Belleforest, écrit vers 1550 : « Fertile en vins, fruits, foins, huiles de noix, millet et autres choses nécessaires à la vie humaine. Le pays de Comminges abonde en hommes vaillants et guerriers au possible... ave une infinité de grosses bourgades et riches villages et châteaux anciens, y ayant autant ou plus noblesse qu’en autres contrée de France ».


La région connaissait une intense activité économique dans l’orbite de Toulouse. Les paysans du Pin et de Sajas se rendaient aux marchés de Rieumes et plus loin à ceux de L’Isle-en-Dodon, Lombez, Gimont, Le Fousseret et jusqu’à Toulouse. La période de prospérité de la première moitié du XVIe siècle, caractérisé par une aisance des campagnes et une libéralité des mœurs, s’achève vers 1550 dans la crise économique. Le cours du Pastel chute, des centaines de petits paysans émigrent en Catalogne espagnole. Les communautés du Comminges, dont celles du Savès, demande la révision des biens nobles. Dans ce contexte de tension se diffusent les thèses protestantes.


Né vers 1525 Arnaud était surnommé « Pansette » en raison des « ses appétits immodérés ». Il était petit, trapu et beau parleur. IL possédait des biens au Pin et à Sajas de l’héritage de son père. Lors de son procès une enquête fut entreprise en Savès « au Pin, Sagias, et lieux circonvoisins ». Son oncle maternel, Carbon Barrau, Jean Espagnol, hoste du Pouy-de-Touges, Pélerin de Libéros et le frère d’Arnaud, Jean Duthil, témoignèrent. Il en ressort que Pansette « a été, dès son enfance, confit et consommé en tous vices, adonné à toute espèce de larcins et affrontements, ordinairement renieur et blasphémateur du nom de Dieu. Tellement que, s’il a songé cette nouvelle impudence et imposture, il ne faut pas s’ébahir ».


En rébellion contre le monde paysan Arnaud rêvait de partir à l’aventure. A la suite de menus larcins après avoir laissé des souvenirs épiques dans les auberges du secteur, notamment celle du Pouy-de-Touges, il s’engagea, comme nombre de gascons bretteurs, dans les armées du Roi de France en Henri II. Et voici Pansette sur les champs de bataille de Picardie où s’affrontent la France et l’Espagne au sujet des Flandres.


Martin Guerre est né en 1524 à Hendaye. Sa famille en 1527 quitte le pays basque en raison des conflits frontaliers entre l’Espagne de Charles Quint et la France de François Ier et installe une tuilerie à Artigat en Diocèse de Rieux, aujourd’hui commune de l’Ariège. Martin épouse à 14 ans en 1538, Bertrande de Rols, puis après moins de dix ans de vie commune, part aux guerres. Le couple ne s’entend pas, Martin a peu d’ardeur au lit et, comme Arnaud, ne rêve que de partir. En 1548, Martin vole du blé à son père et s’enfuit.


Arnaud quitte la Picardie, sans doute après les batailles de Thérouanne, Hesdin et Valenciennes et rendre en Savès en 1553. Dans ses pérégrinations (on n’est pas sûr qu’alors il habite Sajas) Duthil est pris à Mane pour Martin Guerre. On ne sait de quelle façon il travailla sa substitution et même s’il rencontra Martin. Le tout est qu’après trois ans de préparation il arrive l’été 1556 à Artigat où il usurpe l’identité de Martin. La femme de ce dernier, qui est parti depuis huit ans, la belle Bertrande de Rols, le reconnaît comme son époux... Cette dernière s’est converti au Protestantisme qui s’est répandu dès 1536 dans le Comté de Foix et ses abords dont Artigat.


Après trois années où tout Artigat « reconnaît » Pansette comme étant Martin, le premier étant plus sympathique, plus travailleur, et meilleur amant que le second, en janvier 1559 des accusations arrivent dont l’une essentielle, de Bertrande... Le juge de Rieux (jugerie royale crée vers 1290) dont relevait Artigat condamne Pansette pour usurpation d’identité et abus de confiance. Arnaud fit appel, en 1560, devant la chambre criminelle du Parlement de Toulouse (fondé en 1480). En 1560, Henri II vient de mourir et la reine, Catherine de Médicis assume la Régence, «l’affaire Martin Guerre » prenait une dimension régionale.


A l’époque seuls trois conseillers étaient favorables aux Huguenots. L’un d’eux, Jean de Coras, reste perplexe devant l’affaire et est prêt à relaxer Arnaud, mais coup de théâtre, le « vrai » Martin Guerre réapparaît à Artigat ! La reprise du procès se dénoua le 11 septembre 1560 lorsque l’un des magistrats, Jean de Mansencal (qui possédait un château à Rieumes près de Sajas) convoque Arnaud, Martin et Bertrande. Le lendemain, dans un contexte politico-religieux très tendu avec la conjuration protestante d’Amboise, le Parlement ouvre ses portes au public pour annoncer la condamnation définitive de Pansette. Duthil est condamné à faire amende honorable à Artigat puis à être mis à mort : il fût pendu devant la maison des Guerre et l’on brûla sa dépouille pour « l’effacer des mémoires » (ce qui ne fut pas le cas...). Il y eu captation d’héritage et ses biens en Savès furent donnés à sa fille Bernarde qui fut placée sous la tutelle de son frère, Jean Duthil.


Malgré l’Edit de janvier 1562 qui instaure la tolérance religieuse, les « guerres de Religions » allaient éclater. Le parlementaire, le protestant Jean de Coras, qui s’attacha à Pansette, fût exécuté lors de la Saint-Barthélemy toulousaine de 1572 après avoir publié en 1561 son petit ouvrage sur l’affaire, qui se vendit très mal : la plupart des exemplaires furent achetés à vil prix par un chiffonnier deux ans après leur édition.


 

 

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